La voie de l’encre: Alain Bonnefoit

Comme promis voici un premier épisode dans mon univers du sumi-e. Je visite donc Alain Bonnefoit, l’ami-peintre qui m’à mis sur cette voie de l’encre…

“Oh oh les artistes!”

C’est peut-être bien la phrase la plus répétée par le maître au fil de mes années d’apprentissage avec lui. Directement suivi par: “Regardez le modèle, comment elle se met en place”.

La voie de l’encre commune débute en mai 2007, à ce moment je retourne au Moulin de Perrot pour une semaine de peinture. Cette année là, j’ai réussi à réserver une place dans le stage d’Alain. Ce fût une rencontre extraordinaire, aussi bien en ce qui concerne la technique que toute autre chose. Alain c’est le partage, la belle vie et la bonne humeur. Il n’y a pas de place pour autre chose. “Vive la vie!” et vive le partage.

Entre-temps le moment est venu de visiter l’atelier et explorer sa voie de l’encre…

Aïkido

En 1974, Alain suit des cours de calligraphie japonaise chez son maître d’aïkido Masamichi Noro. A travers les arts martiaux il découvre la puissance du geste. La plus-value de dépasser, de passer au-delà de son but.

Ce sont des choses qu’il veut pouvoir incorporer dans sa peinture.

C’est là qu’il rencontre le marchand d’art qui l’emmènera en voyage au Japon. Ensemble ils seront reçus dans un temple dans la campagne japonaise.

Sugiyama-yu

Le matériel pour faire du sumi-e 

Ils sont reçus par le Maître Sugiyama-yu qui leur propose un repas de bienvenu. Lors de ce repas Alain s’endort à table. Son ami se méfie de la réaction de l’hôte et veut le réveiller aussitôt. D’un simple signe, le Maître interdit de le réveiller. A la fin du repas Sugiyama-yu fera glisser un futon en dessous de son visiteur endormi. Le lien entre les 2 hommes est noué.

Cependant ce n’est pas une raison pour brûler trop d’ étapes! Les visiteurs attendent le début du cours de sumi-e… pendant 2 semaines.

Après cette période, ils sont invités à assister à une démonstration. Sugiyama-yu les reçoit dans son atelier. En silence et pleine concentration il étale son feutre, prend la pierre de sumi et son bâton d’encre, place son gobelet d’eau. Choisit ses pinceaux. Quand tout est en place, il prend une feuille de papier qu’il caresse et étale avec soin. Il frotte le bâton de sumi sur la pierre et prépare son pinceau.

45 minutes se sont écoulées. L’orsque Sugiyama-yu pose enfin son pinceau une première fois sur le papier. Quelques instants plus tard le sumi est fini. Impressionnant.

L’apprentissage

Dans les jours qui suivent, Alain peut enfin se mettre à travailler avec le matériel mis à sa disposition: de très beaux papiers, de pinceaux de qualité et d’encres de plus de 100 ans.

Une esquisse de Volti, à côté d’une oeuvre d’Alain dans son atelier.

Les premiers traits lui donnent un sentiment d’incompétence totale. Pourtant, lors de son apprentissage auprès de son père spirituel, Volti, il avait déjà appris à simplifier le dessin. Volti dessinait ses esquisses de façon très graphique, comme le fait Sugiyama-yu. Sans mettre en place les grands volumes mais en traçant directement les courbes de ses modèles.

Le papier japonais boit tellement l’encre qu’Alain doute du resultat et qu’il se procurera du papier dans une imprimerie. Pour arriver plus vite au résultat. Sugiyama-Yu le laisse faire… Et continue de lui fournir du matériel de qualité. Peu à peu la qualité se fait ressentir et les boîtes de calligraphie achetées à la sortie des temples sont remplacées par les matériaux fourni par le maître.

Peu-à-peu Alain prends conscience de l’importance de la qualité du matériel pour avancer.

Sugiyama-yu n’hésites pas à lui passer la tradition. Il confie à Alain que dans l’encre frottée avec des vieux bâtons de qualité il faudra rajouter du nikawa pur (de la colle de peaux de poisson) afin de fixer l’encre au papier.

Lorsqu’Alain quitte Sugiyama-yu ce dernier cassera même son bâton d’encre vieux de 100 ans et lui donne la moitié.

L’impact sur l’oeuvre peinte

 

Bien que Sugiyama lui fait aussi des démonstrations de thèmes classiques dans le sumi-e, Alain décide de ne pas s’exercer dans l’application des tons gris. Lui-même étant plustôt à la recherche de l’effet graphique. Il veut pouvoir “tendre le trait”, “faire en sorte que l’énergie se poursuit au-delà du trait, voir même du dessin”.

Alain Bonnefoit élabore un style propre et à cette fin il déchire tous les dessins qui ne lui plaisent pas. Et Alain adaptera le sumi traditionel à sa façon peindre la Femme. Il faudra attendre la deuxième partie des années 80 avant qu’Alain pense avoir réalisé un dessin qui vaille la peine d’être encadré.

L’appréciation suivra. Lors d’une exposition au Japon il y a un maître qui lui fera la réflection: “À main levée, pour un étranger!”. Cette une phrase qui touche, car en éffet, les étrangers sont souvent considérés incapables de réaliser une œuvre avec cette technique. De plus, sans prendre de repère avec le doigt sur le papier, ce qui est considéré comme une difficulté supplémentaire… Une étape pas facile à prendre mais qui permet de réaliser des traits avec plus de force.

En observant son œuvre peinte au sumi-e, je me dis qu’il évolue vers une peinture plus traditionnelle. Il y a de moins en moins de détails repris à l’encre. Le sujet et peint avec le minimum de lignes, tout le superflu est supprimé. Chaque ligne est pleine de sens et sensualité.

Les anecdotes s’en suivent…

Même quand il n’utilise pas le sumi-e Sugiyama-yu peint très fin.

Lors de l’une de ses visites à Sugiyama-yu (il y en a eu bien 30!) Alain remarque des traits très fins sur ses peintures et l’interoge sur le pinceau utilisé. Celui-ci lui parle de pinceaux de poils de moustaches de chats et de souris. Contrairement à la tradition (en tant qu’étranger on réussit rarement à acheter du matériel de haute qualité), Alain reçoit l’adresse de la boutique qui vend ces pinceaux. Le prix de ceux-ci étant tellement élevé que le stock se limite à une petite boîte au milieu de la pièce, contenant à peine 10 pinceaux… Impressionnant…

 

La toile à droite est du papier de ca 30grammes. tendu et retendu… 

Quelques années après Maître Sugiyama-yu offrira à Alain une oeuvre qui était dans son atelier. Avant de lui donner il aura fait retendre celle-ci. Vu la difficulté de tendre du papier de 30 à 60 grammes le m² (le papier à copier en a 90), cela me semble surréel. Voici la peinture.

Mon apprentissage

Atelier Pavillon de Choiseul, Paris. Stage Alein Bonnefoit 2012

Quand on apprend le sumi-e avec Alain, il n’y a pas que le dessin: l’odeur de l’encre, le touché des pinceaux, les bruits sourds du papier de qualité. Chaque sens est impliqué. C’est un tout. Il y a des liens avec les arts martiaux de tous les côtés! Chaque jour, j’en découvre même dans la vie de tous les jours. Comme aujourd’hui, lors du partage à l’iPad… Souvent les gens sont impressioné par la valeur des choses. Cela leur évite de profiter pleinement des possibilités. C’est comme l’apprenti en sumi-e qui pense à la valeur de sa feuille et intérieurement perd sa concentration en pensant aux euros qu’il est entrain de gacher…

Plus sur Alain

Si vous souhaitez découvrir plus sur Alain, je vous invite à visiter sa page Facebook.

La suite…

Comme les stages d’Alain se limitaient à une semaine par an et qu’il m’a filé une partie de sa passion pour le sumi-e, j’ai cherchée une deuxième source. Je l’ai trouvé auprès de Marjon De Jong à Utrecht. Le prochain blog vous parlera de cette voie…

 

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